Et là, ça fait l’effet d’une bombe. Le top britannique le plus célèbre de l’ère de l’avènement des réseaux sociaux, l’égérie de la génération 2.0, le signe de la relève assurée après quelques Kate ou Gisèle, tombe, s’effondre, croule sous le poids de ce non-sens moral qui n’appartient qu’à une seule secte : la mode.

Le 18 août dernier, Cara Delevingne mettait un terme à sa carrière de mannequin. Et qui mieux que la top la plus demandée au monde pour parler de ce métier, comme pour tout envoyer valser ?

Relayée dans tous les médias, ces mêmes médias qui ont fait d’elle une icône de la modosphère, la parole de la jeune femme s’épanche comme un grand coup de gueule. De prime abord, tout peut s’assimiler aux critères habituels : Une bonne dose d’intox, des faits immédiatement contredits par quelques attachés de presse et bien évidemment, voyons, que lorsqu’on occupe ce pied d’estale on a la bienséance de ne pas en descendre promptement sous l’influence d’un caprice.

Seulement cette fois Cara va plus loin: hypersexualisation des jeunes filles, obligation d’une apparence corporelle classifiée, maladies de peau causées par le stress: les perpétuels tabous de la mode passent au peigne fin en une interview.

Après avoir avoué avoir commencé à détester son corps depuis l’exercice de ce métier, puis évoqué le rejet des autres mannequins ou maquilleurs sur les défilés en raison de son psoriaris lié au surmenage et à la pression subit, elle claque la porte de l’agence Storm sans se préoccuper d’être l’égérie de quelque marque que ce soit. La mode, ce fléau, ne l’a jamais réellement intéressée au fond, et c’est plutôt dans le cinéma qu’elle souhaite désormais s’épanouir.

Alors, ingrate, Cara Delevingne ? Certains la qualifieront d’hypocrite, tournant le dos à ceux qui lui ont tout offert et l’ont rendu mondialement célèbre, leur crachant dessus au passage.
Et bien pas tant que ça : considérant plutôt, de son côté, avoir tout perdu, déclarant en avoir « presque oublié qu’elle était aussi jeune » et qu’elle « se sentait tellement vide », cela peut faire sourire si l’on souligne l’ampleur des propos comparée à la notoriété et à l’argent amassé. Seulement ces mots viennent d’un sentiment bien plus profond. Une réalité qui, au cours des décennies, se perpétue sans cesse malgré les nombreux cases studies.

Car la mode semble avoir sa jurisprudence en ce qui concerne les mannequins élevées au rang de stars. Celle-ci est assez simple en soi : établir des règles sur des critères uniques et différenciants (l’essence même de la tendance), attendre une quelconque évolution de la société jusqu’à l’obtention d’une indignation collective, et … surtout ne rien changer. Voire aller dans le sens de l’exagération. Car mode rime mieux avec scandale qu’avec morale.
Ainsi, d’années en années, les silhouettes s’amaigrissent, les visages se standardisent, les profils s’impersonnalisent. Et sont toujours plus jeunes.

Tout semble contrôlé : l’apparence physique, la sexualité, les vêtements portés … telle une sorte de format d’usine de mannequins à la chaine ou l’uniformisation est de rigueur pour passer le contrôle qualité. Le moindre signe ostensible d’appropriation du corps est littéralement fustigé. Ainsi, une chose aussi anodine qu’un petit tatouage passe pour un acte suprême de rebellion contre les normes en vigueur, faisant perdre des contrats à celles concernées.
C’est une véritable volonté du contrôle du paraître et de l’être, régie par des diktats drastiques.

De la jeune Thylane Blondeau surmaquillée et affublée d’escarpins vertigineux à 10 ans pour Vogue, en passant par Ondria Hardin, égérie Prada dans une publicité aux poses lascives à 13 ans – après que son agence ai menti sur son âge -, l’hypersexualisation des jeunes filles est omniprésente, posant de véritable problèmes d’identité, voire d’acceptation de soi. Cara dénonce, en restant évasive : « Dans ce milieu, on commence sa carrière très jeune et on nous demande de faire des choses … pas très agréables ».

De même, l’intouchable Terry Richardson malgré les nombreuses accusations d’attouchements sexuels et viols à son encontre illustre bien l’aspect irrationnel du milieu. Dans la mode, lorsqu’on vous concède les pleins pouvoirs, tout vous est permis.

Aujourd’hui, même l’opinion publique met son grain de sel, ne sachant plus où donner de la tête : « un défilé de squelettes » pour le show Victoria Beckham à New York, une mannequin  » trop grosse pour défiler » pour Gigi Hadid avec ses 57kg pour 1m78 … De temps à autre, la raison rappelle l’éthique mais les détracteurs finissent eux-même par s’y perdre, manipulés par les images des magazines.

Et ce que l’on ne dit pas ? Troubles du comportement alimentaire, taux de suicide inquiétant … et Karl Lagerfeld qui fulmine contre les normes instaurées sur l’IMC, en ordonnant que  » l’on nous parle des 2% d’anorexiques lorsque l’on aura résolu le problème des 20% d’obèses », autant d’autres débats qui démontrent que derrière cette obsession du paraître et cette image de perfection il y a des sujets qui semblent encore bien enlisés dans les méandres de la modosphère.

 

@coraliecomblez

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