Ann Grim a grandi entre Buenos Aires, Paris, le Cap, Montevideo et Londres, avant de choisir de s’installer à Paris pour y travailler. Pour cette artiste plasticienne, chaque pièce est conçue comme une œuvre d’art interpellant tous les sens. Ses interventions peuvent se lire comme une critique sociétale tout autant que le développement d’une nouvelle poétique de l’art dans d’une société possible à la recherche d’une harmonie. Voyage, voyage.

ANN GRIM

Avez-vous un adage/ proverbe préféré ? Et pourquoi ?

« L’AIR DU PARADIS EST CELUI QUI SOUFFLE ENTRE LES OREILLES D’UN CHEVAL. » Ce court proverbe arabe me fait rêver. Il témoigne d’une profonde poésie et me touche par ses notions de sacralisation, d’aventure, de partage, d’équilibre, d’harmonie, de sens du sacrifice, d’amour et de reconnaissance. Il invite à regarder, à observer ce qui nous entoure et à en appréhender la beauté. Il s’agit d’une ode au cheval, animal dévoué à l’homme arabe au moment de la politique impérialiste et d’expansion. Symbolisation de la sacralisation du cheval. L’Homme témoigne au cheval sa profonde reconnaissance car cet animal a servi la politique impérialiste arabe au moment de l’expansion de leur royaume. Pour les arabes, le cheval a été en quelques sorte déifié.

 

Comment êtes-vous devenue une artiste reconnue. On s’imagine que c’est impossible de vivre de sa passion. Et vous êtes quasiment une « marque » aujourd’hui. Comment expliquez-vous ce chemin ?

Il s’agit probablement d’abord d’un contexte familial et géographique ayant favorisé l’épanouissement des aspects créatifs de mon caractère. La formation que j’ai reçu ensuite s’est tout de suite spécialisée dans l’art. J’ai suivi des cours de dessin et de peinture dès mon enfance, mon cursus scolaire était marqué par les arts plastiques et mes années universitaires ont été centrées sur les techniques multiples et l’histoire des arts.   Au fil de ces années, j’ai beaucoup appris et ma réflexion a mûri.

La confidente -détails-
La confidente -détails-

Depuis mon premier solo show (2012 à la Mannerheim Gallery) ma production s’affine chaque jour. Mes travaux se sont affirmés. En France, les propositions d’expositions se sont enchainées assez rapidement avec des temps forts comme au vestibule de La maison rouge, fondation Antoine de Galbert curated by Aude Quinchon, la mezzanine du Palais de Tokyo curated by Isabelle de Marcellus Tournier ou encore l’Aquarium de Paris curated by Anthony Phuong, le Musée Fiat curated par Jenny Mannerheim. Quelques beaux projets ont également vu le jour comme l’édition de deux livres d’artiste distribués en exclusivité à la librairie du Publicis Drugstore sur les Champs Elysées, la collaboration avec certaines marques comme Each x Other pour deux collections capsules et des œuvres commissionnées par la maison de caviar Boutary et par Make Up For Ever, LVMH. Cette année, un tournant naturel s’opère vers l’étranger avec notamment la présence de mes travaux aux Etats-Unis.

"No Title"
« No Title »

L’accueil positif de ma production m’a permis d’être très vite très bien entourée. Ce sont les rencontres précieuses qui portent mon travail vers le haut, qui m’accompagnent, soutiennent mon travail, me permettent d’avancer, d’évoluer. Galeries, collectionneurs, curateurs, commissaires d’exposition, mécènes, journalistes… pour ne citer qu’eux, jouent un rôle tout à fait crucial. Je ne me vois pas faire autre chose que ce que je fais. Ma vie y trouve tout son sens. C’est une chance que j’ai mais aussi un sacerdoce que j’accomplis tous les jours dans une alternance de joie, réflexions, difficultés, en menant un travail à la fois solitaire au sein de mon atelier et ouvert sur un monde que j’ai souvent du mal à comprendre. Ce « chemin » est une évidence, une ligne qui ne souffre pas d’alternative.

 

Quels sont vos modèles de femmes ? Idoles ou inconnues.

J’ai beaucoup d’admiration pour les femmes qui ont su reconnaître l’appel de leur destin et dont le talent, la sensibilité, l’amour et la ténacité ont été la ligne directrice de leur existence : Camille Claudel, Frida Kahlo, Yayoi Kusama…

"Etre ou Avoir"
« Etre ou Avoir »

Votre talent s’exprime sous différents formats. Quel est leur point commun ?

Le point commun entre ces travaux aux aspects pluridisciplinaires en est tout d’abord le sens conceptuel, préoccupé par la matérialisation et la dématérialisation de la conscience, puis sa manifestation plastique, à la recherche d’une harmonie esthétique où chaque œuvre a pour but de recréer un lien social, culturel et urbain. Plus concrètement, la complexité de la nature de l’Homme anime toutes mes pensées. Les cycles si rassurant au sein desquels nous nous inscrivons et desquels nous cherchons a nous extraire sont une grande source d’inspiration. Médiums, matériaux, appréhension de l’espace,  trouvent une récurrence dans mes traités par les éléments. La terre, l’eau, l’air, le feu, l’organique, les mots, le langage, les voix, le bois (particulièrement le bois brûlé), l’équilibre graphique, l’aspérité en sont des qualificatifs fédérateurs.

 

http://www.anngrim.com/

 

@capbertrand

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