Il y a des femmes courageuses et il y a des femmes téméraires.

Voici le portrait du mois certes, de l’année, mais plus surement du siècle. C’est le siècle d’une journaliste, Anna Erelle qui s’est fait passer pour une djihadiste en devenir.Elle a ensuite écrit un livre qui nous décrit comment l’on passe du virtuel à la terrible réalité d’une génération en sursis.

Anna Erelle n’avait pas vraiment prévu les évènements lorsque cliquant sur une vidéo de propagande sur Facebook au Printemps 2014, elle rencontre celui qu’elle va piéger.

Prétextant être une jeune toulousaine, prônant l’Islam radical parmi de plus en plus de jeunes voulant partir faire le Djihad, elle rentre en contact avec un combattant français, Abou Bilel, qui vit en Syrie. L’homme fier d’arborer une kalachnikov et la parole revêche, mord à l’hameçon en moins de 72h et la demande vite en mariage, via leurs conversations Skype.

Voilée, elle passe pour une « vraie » convertie et mène rapidement la danse.Elle décrit l’obsession de son amoureux pour Allah, les armes à feu, le lait chocolaté et les porte jarretelles. La journaliste ira jusqu’en Turquie d’où elle doit rejoindre la Syrie, qu’elle ne verra finalement pas, dissuadée par un changement de programme de la part des djihadistes.

Revenue d’Istanbul, elle est démasquée suite à son article paru dans Paris Match. Elle devient alors la cible d’une fatwa. Depuis, elle mène une vie de cavale, reliée à la police, sous un pseudonyme et obligée de changer de lieu d’habitation régulièrement. Ce n’était pas prévu.

Tout comme la position du fameux Bilel au sein de l’organisation, ce dernier étant un proche d’Abou Bar al-Baghdadi, terroriste irakien, décrit comme l’homme le plus dangereux du monde en 2014 par le magazine Time, chef de l’Etat islamique et du Levant.

Finalement, téméraire ou suicidaire ?

Anna Erelle a pris le risque d’en savoir plus, de frôler la vérité d’une guerre souterraine et pernicieuse, pour nous parler de ces hommes et de ces femmes qui veulent en découdre avec la civilisation occidentale. Simplement pour nous dire que ces femmes et ces hommes ne sont pas étrangers à notre monde et naissent bien à l’intérieur de nos sociétés, abrités par les nouvelles technologies et notre désintérêt.

Dans la peau d’une djihadiste, Anna Erelle, editions Robert Laffont

Capucine Bertrand

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