Women Side s’associe au Conseil National de la Résistance Iranienne afin d’établir un bilan sur la liberté d’expression et la Culture en Iran. Silence et clandestinité au programme.

LA CULTURE EN IRAN L AUTRE ENNEMIE DES MOLLAHS

L’Iran et sa culture millénaire, passée au pilon par les mollahs au pouvoir depuis 37 ans. Tout comme les femmes ont été les premières cibles des intégristes misogynes, l’art et la culture ont suivi de près pour devenir le nouvel ennemi à abattre aux yeux des fanatiques. Alors si, en plus, il s’agit d’artistes femmes, la sanction est double.
Sans avoir besoin de remonter très loin dans le temps, on peut brosser un tableau de ce vaste champ de mines en balayant le panorama depuis l’arrivée de Rohani à la présidence du régime. Le vernis de modération craque tout de suite.
Durant le festival de Cannes, des cinéastes et professionnels du 7e art ont eu le bon réflexe de faire circuler une pétition demandant la levée des peines de six ans de prison et 223 coups de fouet pesant sur un jeune collègue, Keywan Karimi en Iran. Ce dernier a été pris en grippe par la dictature religieuse pour un documentaire consacré aux slogans politiques sur les murs de Téhéran. Et Dieu sait si les Iraniens sont passés maitres dans l’art du slogan, tant chanté qu’écrit. Des slogans à la gloire de la liberté, autant dire que sa démarche a signé son mandat d’arrêt.

 

Taxi Téhéran de JafarPanahi assigné à résidence
« Taxi Téhéran » de Jafar Panahi, cinéaste assigné à résidence

 

Un autre cinéaste assigné à résidence après être passé par la case prison est Jafar Panahi, dont le film Taxi parle dès les premières scènes d’une plaie béante en Iran, les exécutions.
Début mai, une circulaire imposait aux actrices d’une comédie diffusée sur une chaine officielle de rire modérément, de ne pas porter de vêtement blancs, pseudo blancs (sic), noirs et blancs, ou pseudo-noirs (sic), du satin ou des tissus brillants, du vernis à ongle, des bijoux, des montres et des talons hauts. En cas de d’infractions, elles seront interdites de plateau.
Récemment il a été rappelé aux actrices qu’elles devaient cacher leurs poignets avec des chaussettes et couvrir la moindre parcelle de leur cou. Ces femmes apparaissent souvent sous des couches de tissus à l’écran et si le film traite d’un sujet historique ou religieux, on aperçoit un tas de chiffons qui bouge avec parfois un nez et des mains qui dépassent en guise de femme.

 

LA VOIX DES FEMMES POUSSE A LA TENTATION

Dans le domaine de la chanson, plus personne n’ignore malheureusement que chanter en solo est interdit aux femmes. Le groupe de chanteuses Mah Banou a été durement sanctionné pour avoir diffusé ses chansons sur YouTube. On ne compte plus les concerts autorisés par les autorités et annulés à la dernière minute, ou pire, sur scène avec l’intervention des services de renseignement, en raison de la présence de femmes parmi les musiciens ou dans le chœur dont les voix couvrent trop celles des hommes.

A titre d’exemple, ce mois-ci c’est l’université du Mazandaran dans le nord de l’Iran qui a interdit les concerts mixtes.
« La voix des femmes excite les hommes et les poussent à la tentation », dixit les mollahs dont le régime et toute la répression sont fondés sur la distinction sexuelle et l’hostilité hystérique aux femmes. C’est du reste le prétexte avancé pour leur interdire la fonction de juge.

 

L ART CLANDESTIN

Pour le dessin et la peinture, impossible d’exposer des représentations de femmes non voilées, impossible d’exposer des sujets politiques, misère, répression, censure, etc…
Dans un blog consacré à la peinture en Iran, on peut lire : « L’élection du nouveau président Hassan Rohani n’a absolument pas amélioré les choses. Le marché iranien n’est vraiment pas enthousiasmant. Sans cette censure et cette peur, notre scène artistique serait florissante. Nous sommes toute une génération d’amoureux d’art qui n’a rien connu d’autre que la clandestinité. »
La jeune Atena Faraghdani qui vient d’être libérée pourrait parler des heures de la censure de l’art. Elle a été arrêtée pour avoir dessiné les députés du régime iranien sous forme d’animaux.

Elle en avait pris pour douze ans derrière les barreaux. Tous les interrogatoires portaient sur ses dessins. Une formidable campagne dans les réseaux sociaux et des efforts incessants en Iran ont réussi à la tirer de prison. Mais dès sa sortie, elle parlait de l’engagement des artistes et du prix à payer, avant de sauter de joie comme un ressort avec un sourire effronté.
Le groupe de métal iranien Confess risque la peine de mort. Arrêté en novembre 2015 pour des « chansons impies », ils ont été remis en liberté en février de cette année et attendent leur procès. S’ils sont reconnus coupable de blasphème, ils risquent la peine de mort.
La vie artistique et culturelle est clandestine en Iran, elle reste confinée à la sphère privée, car les censeurs envoient les gens en prison.

 

L ART DE LA CENSURE

La censure des mollahs s’exporte. L’Italie s’est couverte de ridicule en recouvrant ses sculptures de nus dans les musées au passage de Rohani en visite officielle. Le mollah jouait les pères la pudeur alors qu’il a fait voter une loi autorisant les hommes à se marier avec leurs belles-filles en bas-âge et qu’il a rabaissé l’âge du mariage des fillettes à 9 ans, légalisant la pédophilie.
La comédienne et chanteuse Marjan qui a connu la prison politique dans les années 1980 pour son soutien à la résistance, vit désormais aux Etats-Unis. Elle racontait dans une interview que la dictature des mollahs avait d’abord fermé tous les cinémas pour les rouvrir pendant la guerre Iran-Irak afin de diffuser sa propagande. Culture de la mort, du deuil, de la douleur. C’est la ligne officielle.


Après avoir servi les champs de mines, les exécutions collectives et la diabolisation de l’opposition, le régime iranien veut briser à l’étranger son isolement et redorer son blason à coup de vernis culturel. On va exporter artistes, musiciens, photographes, cinéastes pour vanter la culture de l’Iran, la fameuse « ouverture », Arlésienne toujours vantée dans la presse étrangère, jamais trouvée en Iran. Les portes des musées s’ouvrent aussi aux délégations étrangères, quand par derrière la richesse archéologique nationale est pillée et vendue aux trafiquants internationaux. Sans parler des articles sur la beauté du pays et son réveil culturel rédigés par des journalistes condescendants qui manient la brosse à reluire les babouches des mollahs pour faire renaitre les milles et une nuit. Or ces mêmes journalistes oublient que le Calife du conte était dans la réalité un tyran cruel et que la si intelligente Shéhérazade cherchait à sauver sa vie avec ses histoires.
La grande diva iranienne Marzieh a préféré se révolter contre les mollahs misogynes. Elle a rejoint la Résistance et l’exil et chacun de ses concerts jusqu’à la fin de sa vie, y compris avec son ami Yehudi Menuhin, devenu lui aussi un proche de la Résistance iranienne, constituait un défi contre les obscurantistes en place à Téhéran. D’autres chanteuses ont rejoint la Résistance et poursuivent sa voie sur scène comme Marjan, Gissoo Shakeri et de nombreux hommes également. Des artistes peintres, sculpteurs, cinéastes, chef d’orchestre, écrivains sont membres du Conseil national de la Résistance iranienne. Résistance qui poursuit les défis avec un orchestre entièrement féminin jouant en public, et qui fait émerger un monde culturel d’une incroyable diversité et créativité sous la répression la plus dure.

 

Pour savoir si l’art et la culture vont bien en Iran, deux critères imparables donnent la mesure : la fin de la censure, la liberté des femmes.

Hélène Fathpour /@CNRI FEMMES

 

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