Ce qu’on pourrait ailleurs qualifier de faits divers, en dit long sur le degré de misogynie en Iran et permet de prendre le pouls du pouvoir. Plus la dictature religieuse s’enfonce dans les crises et plus elle réprime les femmes. Tribune via le Conseil National de la Résistance Iranienne.

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Les femmes à vélo sont aussi dangereuses pour la société que le trafic de drogue

La dernière mesure en date, est le fait du guide suprême himself, Khamenei. En effet, il vient de se fendre d’une fatwa : désormais il sera interdit aux femmes de faire du vélo dans les lieux publics en Iran car « cela attire l’attention des hommes, ce qui est généralement source de corruption dans la société et contraire à la chasteté des femmes ».

Cette déclaration révèle parfaitement l’enfer entretenu par les fascistes religieux au pouvoir à Téhéran.

Plus que l’apparence des femmes à vélo, c’est leur liberté de mouvement qui est visée. C’est ainsi que début mai, le mollah Tabatabaï-Nejad à Ispahan a estimé que « les femmes à vélo sont aussi dangereuses pour la société que le trafic de drogue ».

Le 20 mai, des femmes à vélo ont été arrêtées à Machad, seconde mégapole du pays et ville sainte par excellence. En juin, des cyclistes se sont vues refuser l’entrée de la ville de Torghabeh en raison de leur tenue sportive qui ne correspondait pas au code vestimentaire obligatoire : le tchador dans les rayons. En juillet à Marivan, des femmes ont été interdites de course cycliste d’endurance. Or c’était une journée « sans voiture » pour la protection de l’environnement. La police a aussitôt déclaré que le vélo était interdit aux femmes et a procédé à l’arrestation de protestataires. De nombreux parcs aussi pratiquent l’interdiction du vélo pour femmes et les renvoient vers des lieux où la ségrégation sexuelle est de mise. Dans certaines villes, les mollahs ont poussé le bouchon jusqu’à dire que le vélo était possible pour les femmes uniquement dans les rues bordées de murs de 3 mètres de haut.

Si les femmes sont si tenaces en Iran, c’est parce qu’elles ont un long passé de résistance depuis le début du XXe siècle.

"Jam'iat e nesvan e vatan-khah", Association pour les droits des femmes à Téhéran (1923-1933)
« Jam’iat e nesvan e vatan-khah », Association pour les droits des femmes à Téhéran (1923-1933)

 

Jusqu’à la fameuse fatwa qui vient de tomber.

Durant tout l’été, les femmes ont été persécutées en Iran. Des patrouilles sur les plages pour les empêcher de se baigner, tout habillées bien sûr. Des patrouilles sur la route des vacances pour vérifier que dans la voiture pas un centimètre de peau ne prenne le soleil. Les procureurs de toutes les villes du pays appellent à toujours plus de répression et à Téhéran un colloque sur le « voile et la vertu » organisé par l’appareil judiciaire vient de conclure à un tour de vis généralisé.

Un système fondé sur la haine des femmes

Pourquoi avec la moitié de la jeunesse au chômage, une industrie en ruine, une inflation galopante et quatre fers aux feux dans la guerre en Syrie, en Irak et au Yémen, les mollahs accordent-ils une telle importance à la répression des femmes ?

Parce qu’en les réprimant dans tous les domaines de leur vie privée, il réprime l’ensemble de la société. Le fait est que le système répressif des mollahs est fondé sur leur haine des femmes. Et elles le leur rendent bien. Ils savent donc parfaitement que c’est la mèche qui allumera le baril de poudre social. Pour preuve, l’omniprésence des femmes partout où ça proteste en Iran : en prisons, devant les prisons, dans les manifestations salariales, pour la protection de l’environnement, dans les universités, et à la moindre fenêtre d’oxygène culturelle et sociale qui s’ouvre.

Et si les femmes sont si tenaces en Iran, c’est parce qu’elles ont un long passé de résistance. Non seulement depuis le début du XXe siècle où elles s’illustrent dans la révolution Constitutionnelle et toutes celles qui vont suivre, mais aussi et surtout depuis l’arrivée de la dictature religieuse. Car c’est face à une menace existentielle qui a instauré la ségrégation sexuelle et légalisé les violences faites aux femmes, que ces dernières ont généré une résistance inédite.

Une résistance de femmes

Il faut savoir tout d’abord que jamais auparavant et dans aucun autre pays, autant de prisonnières d’opinion n’ont été exécutées. Sur 120.000 exécutions politiques en Iran par les mollahs, 30% sont des femmes. De tous âges, de toutes couches sociales, de tous horizons, mais dans leur immense majorité il s’agit de militantes des Moudjahidine du peuple d’Iran, l’OMPI, organisation musulmane prônant un islam tolérant et démocratique. Aux antipodes des mollahs intégristes.

Au milieu de l’été, alors que la répression des femmes battait son plein, une révélation en Iran a eu l’effet d’un coup de tonnerre. Une conversation secrète enregistrée en 1988 entre le n°2 d’alors, l’ayatollah Montazeri, et quatre juges de la mort chargés de mener le massacre de 30.000 prisonniers politiques, a été mise en ligne sur internet. Dans cette cassette, on entend l’ayatollah Montazeri prendre position contre la fatwa de mort lancée par Khomeiny en personne, et dénoncer l’exécution de milliers d’opposants en quelques jours, notamment de femmes enceintes et de collégiennes de 15 ans.

 

On entend aussi un juge potence dire avoir été estomaqué par la résistance des jeunes femmes qui refusaient malgré la torture de renoncer à leurs convictions pour être épargnée. Des milliers de femmes figurent parmi les victimes. La commission de la mort les jugeait en 2mn : soutenez-vous toujours l’OMPI ? Si la réponse était oui, c’était l’exécution. Les femmes n’ont pas plié, n’ont pas capitulé, ont refusé de perdre leur identité humaine.

Ces 30.000 roses rouges, femmes et hommes, ont été ensevelies dans des fosses communes. Depuis cette cassette, les langues se délient en Iran, les familles demandent justice, veulent à savoir où sont enterrés leurs proches. Un grand mouvement appelle à faire juger les auteurs du massacre pour crime contre l’humanité. Les mères du parc Laleh à Téhéran réclament justice pour leurs enfants assassinés à l’instar des Mères de la place de Mai en Argentine. Elles ont aussi lancé un appel à traduire en justice les auteurs du massacre de 1988. Le mouvement fait tache d’huile.

Une promesse d’égalité pour l’avenir

Le fruit de cet engagement massif et de ce tribut très élevé des Iraniennes est l’expérience originale d’une résistance qui s’appuie sur l’égalité des femmes comme arme fatale contre les intégristes islamistes. C’est aussi un mouvement organisé, très enraciné dans la société, qui a remis les rênes de sa direction entre les mains des femmes. C’est ainsi que le Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) a élu une Présidente de la République pour la période de transition afin de passer au peuple le témoin de la souveraineté populaire. Maryam Radjavi a démontré la qualité de son leadership en développant à l’échelle internationale le CNRI et en créant un front uni contre le fléau de l’intégrisme et du terrorisme qui siège à Téhéran. Elle a surtout, comme le dit si bien Françoise Héritier « choisi de donner dans l’exercice du pouvoir des responsabilités aux femmes. Elle a décidé de renverser la vapeur. » De fait, l’OMPI, axe majeur de la coalition du CNRI, est menée par un conseil central d’un millier de femmes. Des femmes bien décidées à en finir avec le dictat des mollahs et à apporter un avenir de liberté et d’égalité en Iran.

Quelle promesse pour l’avenir de ce pays ! Quelle promesse pour les femmes de cette région du monde !

 

Hélène Fathpour

Femmes et Iran : actualités

 

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