Dirigeant d’Open, il s’est engagé pour les femmes sur un coup de gueule, avec une expérience du numérique et de l’absence féminine de son domaine d’expertise. Tribun, ce gentleman compte bien endiguer le problème de la représentation féminine dans le numérique.

Guy Mamou Mani, président.

Il faut que les métiers du numérique évoluent, y compris du côté des hommes.

Votre engagement pour les femmes n’est pas un scoop. D’où vient-il ?

C’est une constatation qui provient effectivement de mes fonctions au sein de Syntec Numérique. Nous nous sommes rapidement aperçus que très peu de femmes étaient présentes le domaine du numérique et de l’informatique. Nous avons créé ainsi Femmes du Numérique dont la mission est de développer une meilleure image de la profession auprès des jeunes filles, d’étudier les raisons objectives de la non-attractivité du secteur.

L’action majeure est le Trophée Excellencia. C’est le résultat d’un travail d’étude de marché auprès de l’ONISEP, afin d’analyser ces raisons.

Quels en sont les résultats ?

Nous avons du mal à clarifier ces raisons. Il est toujours question de stéréotypes. J’observais pour ma part et systématiquement le manque de présence des femmes dans les tables rondes du numérique. A mon arrivée au conseil d’administration de Syntec, il y avait une seule femme sur les 30 présents. A chaque fois que je croisais une femme chef d’entreprise, je lui disais de se présenter. Au fur et à mesure, nous sommes parvenus à huit femmes présentes. Sans quota, juste en essayant de les convaincre de le faire, pour qu’elles soient élues démocratiquement.

Selon votre expertise, c’est du côté des femmes que ça coince, c’est cela ?

Lorsque je l’ai fait remarquer lors d’une table ronde, cela n’a pas vraiment plu. J’ai d’ailleurs fait cette plaisanterie en disant que 100% des femmes qui s’étaient présentées au CA avaient été élues. Une seule femme s’était présentée. Présentez-vous mesdames !

L’autre réponse pourrait être la loi des quotas.

Je trouve qu’il est plus légitime que les femmes se présentent et se fassent élire. J’ai recruté un chasseur de têtes pour aller les chercher. Soit parce que celles que l’on connait sont déjà présentes dans plusieurs conseils et ce sont toujours les mêmes. Ou alors parce qu’elles ont d’autres engagements. Je dois reconnaitre que cette recherche a ouvert les champs des possibles, et ce chasseur de têtes a trouvé des profils incroyables.

Il reste les actions, comme votre fameux Tweet qui a favorisé un rebond sur ce débat. Quelles en est l’histoire ?

Natacha Quester Semeon, présidente de Girl Power 3, a tweeté un jour une photo d’une table ronde qui se tenait à l’Elysée à propos du développement numérique franco-allemand. Douze hommes étaient présents. Pas une femme. J’en ai eu assez. J’étais dans le TGV et j’ai tweeté pour signifier que désormais je ne participerai plus à une table ronde sans femme intervenante. C’était un « coup de gueule » naturel. Ensuite d’autres hommes m’ont rejoint et nous avons créé Jamais Sans Elles avec Tatiana F Salomon.

Une initiative d’un groupe d’hommes, ce qui est rare.

Cela nous a été reproché d’ailleurs. Nous avons envie de dire que sans être militant, les hommes peuvent adhérer à des actions féministes. Le mouvement Jamais Sans Elles est naturel et ça marche ! Désormais, je vérifie chaque table ronde à laquelle je suis convié. Si la seule intervenante ne vient finalement pas, moi non plus. J’ai donc annulé deux fois depuis. Les gens me connaissent maintenant.

Vous êtes d’ailleurs connu et donc sollicité à ce sujet, en tant qu’expert du domaine numérique. Tout de même.

Je suis beaucoup plus connu pour Jamais Sans Elles que pour Syntec Numérique ou Open (rires). Mais je ne cherche pas à personnaliser le mouvement. On m’a même demandé si l’on pouvait utiliser le hashtag Jamais Sans Elles alors qu’il ne nous appartient pas. Au contraire, plus il est répandu, mieux c’est ! Nous voudrions maintenant créer une application pour valoriser les évènements où les tables rondes sont paritaires.

Les femmes dans le numérique. Pourquoi avons-nous encore un problème de représentation aujourd’hui ?

Sur 415 000 salariés du secteur du Numérique, 27% sont des femmes et le chiffre baisse pour les métiers techniques. L’Opiiec qui a été chargé de comprendre ce mécanisme a souligné trois raisons dominantes : l’image « geek » de la profession, les stéréotypes et la mauvaise cohabitation à priori entre vie privée et vie professionnelle. Il faut que les métiers du numérique évoluent, y compris du côté des hommes.

Présentez-vous aux comex mesdames !

Guy Mamou Mani décorée par Madame la Ministre Axelle Lemaire
Guy Mamou Mani décorée par Madame la Ministre Axelle Lemaire

Je suis le parrain de la dernière promotion de l’Epita, une école d’ingénieurs en informatique, et sur 280 étudiants il y a 14 filles. Une des jeunes filles de la promotion m’a confié qu’elle avait toujours rêvé de faire de l’informatique et qu’un conseiller d’orientation l’année du bac avait trouvé l’idée formidable et l’avait dirigé vers un BTS Secrétariat.

Avec Syntec Numérique, nous voulons faire bouger les lignes à ce niveau et nous avons obtenu qu’il y ait des cours de code dès l’école primaire, l’enseignement de l’ISN (Informatique et Sciences du Numérique) en Terminale et nous menons des actions avec l’Onisep tout au long de l’année pour changer la donne. Et surtout nous prenons l’exemple de l’Inde ou de la Corée où les métiers du numérique sont féminisés.

Les Jamais Sans Elles
Les Jamais Sans Elles

Votre engagement arrive maintenant jusqu’au Laboratoire de l’Egalité et au Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes.

L’ont m’y invite parce que je suis engagé, même si j’ai une vision un peu disruptive des choses, et que je suis surtout expert en numérique. J’interviens surtout auprès de la commission de la mixité dans les conseils d’administration. Je suis vice-président du Conseil National du Numérique.

Avez-vous des modèles de femmes, que vous admirez ?

J’ai un profond respect pour Christine Lagarde, pour son travail et qui elle est. J’apprécie Axelle Lemaire et Fleur Pellerin et je pourrais vous parler de mes grands classiques Elizabeth Badinter et Simone Weil.

@capbertrand

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