Les 04 et 05 novembre passés, se tenaient au Centre de Congrès Tapis Rouge à Paris, la 5ème édition des Journées Nationales des Femmes Elues. Ces journées, désormais plébiscitées par les femmes élues, de toute la France et de tous les partis, ont réunies plus de 500 d’entre elles cette année. Deux jours pour permettre aux femmes élues de se former et d’échanger autour des enjeux actuels de la politique grâce à des ateliers pratiques, des conférences et des laboratoires politiques. 

Une initiative de Julia Mouzon, fondatrice de Femme et Pouvoir, que nous avons rencontrée à cette occasion.

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Julia Mouzon, vous êtes l’initiatrice de ces journées, qui rassemblent chaque année des centaines de femmes politiques. Pouvez-vous nous dire quel est votre parcours ?J’ai fait Polytechnique, ensuite j’ai commencé ma carrière au Ministère des finances, à la direction du trésor, et c’est là que j’ai commencé à remarquer qu’il y avait assez peu de femmes en politique, donc au-dessus de l’administration. Et même dans l’administration, les femmes avaient du mal à gravir les échelons hiérarchiques. J’ai trouvé particulièrement choquant, et intéressant que la vie politique qui décide quand même de la vie des citoyens au jour le jour, n’est pas une représentativité de la population française. D’autant plus que les femmes et les hommes ont des expériences de vie et des éducations qui sont très différentes, et sont conditionnés de façon différente.
Par ailleurs, je me suis mise à échanger avec beaucoup d’élues locales qui dans les parties politiques, faisaient part de ce plafond de verre et des difficultés qu’elles vivaient au quotidien dans le domaine politique. Gravir les échelons politiques c’est difficile, même si on met de côté les agressions sexuelles. Une femme peut rencontrer énormément de freins dans sa carrière politique ou professionnelle. Et ces freins sont généralement assez insidieux, assez sournois, et aussi d’auto censure, ce qui les rend très difficile à décoder. Ce sont là des choses qui sont partagées par les femmes sur tout le spectre politique. Ça me paraissait vraiment important qu’il y ait un événement pour remédier à ça. Il n’y en avait pas. Au bout d’un moment je me suis rendue compte que personne n’allait le faire, et donc, je me suis lancée.

‪On se met toute seule un plafond de verre très fort, sur les objectifs qu’on peut atteindre et les variables qu’on peut briser pour changer le monde.

Vos difficultés propres ?

Je pense qu’il y a une vraie difficulté sur les rôles modèles. C’est très difficile de trouver des rôles modèles. Des femmes inspirantes il y en a évidemment, mais il y en a statistiquement moins que les hommes, et elles sont moins présentes dans les médias. Quand on parle de femmes, il y en a qui vont vous parler, et d’autres moins ou pas du tout. On a besoin d’un panel plus large de modèles. Des modèles qui soient différents pour trouver vraiment le nôtre, et ça c’est compliqué. C’est compliqué parce qu’à partir d’un certain niveau il n’y a que des hommes. Il y a toujours un moment où je me dis « ce n’est pas à moi de décider, c’est trop prétentieux d’essayer quelque chose à ce niveau-là. Ce n’est pas moi qui vais changer la politique, le monde en général ». On se met toute seule déjà un plafond de verre très fort, sur les objectifs qu’on peut atteindre et les variables qu’on peut briser pour changer le monde parce qu’on n’a pas encore assez de modèles pour effacer nos apriori. C’est ce qui est compliqué sur le plan personnel.

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L’objectif des JNFE ?

L’objectif est que les élues puissent partager entre elles. Evidemment on a une dizaine d’ateliers. Sur les deux jours, on a une cinquantaine d’experts qui viennent, intervenants, spécialisés sur leur sujet etc., mais au-delà de toute cette expertise technique, de ces outils, de ces choses rationnelles, dirons-nous, il y a un réel besoin, pour ces femmes, de retrouver une communauté qui partage la difficulté du mandat local. Le mandat local pour les hommes et pour les femmes, c’est un exercice qui est très solitaire. On ne le voit pas au niveau national, mais les élus locaux sont assez seuls finalement. Une maire de 500 habitants par exemple, fait tout dans sa ville, et personne ne voit pas le travail qu’il y a derrière.
Le fait pour les élues de se rendre compte qu’elles partagent cette solitude, avec des dizaines, et des centaines de femmes élues dans toute la France, pour moi c’est ce qui fait la magie des journées quoi.
Dans 100 ans, tout le monde nous aura oublié, et toutes nos réalisations avec. Au final, ce qui peut rester c’est qu’on essaie de faire un monde meilleur pour tous les gens qui sont autour de nous, pour nos enfants, pour les générations futures, pour les gens qui sont dans d’autres pays du monde. C’est ça qui nous réunit tous et toutes, et finalement c’est ça qu’on essaie de partager pendant les journées.

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Qu’est ce qui en fait le succès ?

On est très rigoureux sur la qualité des interventions, on essaie vraiment de donner des interventions de très grandes qualités, et surtout des interventions très authentiques. C’est-à-dire que contrairement à beaucoup d’endroits politiques, le pire qui puisse nous arriver c’est la prise de parole convenue, la langue de bois, le discours formaté. On peut aussi, dans cette atmosphère entre femmes, qui assez exceptionnel et rare, parler j’espère d’une façon un peu plus authentique, de nos ressentis et de nos vérités.
“Nous avons besoin de modèles qui nous disent qu’il y a effectivement des moments dans la vie qui sont difficiles.”

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Quelle différence peut apporter les femmes politiques dans un climat de méfiance des électeurs vis-à-vis des politiques ?

Le grand avantage des lois sur la parité, c’est qu’il y a dans les conseils municipaux, des gens qui ne se sont pas préparés à leur carrière politique, donc, du coup, ne se sont pas projetés dans le succès politique. Ces gens sont vraiment là pour l’efficacité de la réalisation et des projets qu’ils peuvent mener. Ce n’est pas vraiment une question de femmes et d’hommes, c’est vraiment lié à cet aspect de droit de nouveauté et puis de processus complètement exogène, très artificiel que sont les lois sur la parité.

Les femmes qui vous inspirent ?

Il y en a pas mal. Il y a Sheryl Sandberg aux Etats Unis qui est une femme assez incroyable. En France il y a Nathalie Loiseau qui est une femme qui a une très grande humilité et intelligence à la fois, sur les sujets qu’elle porte. Aude de Thuin qui est assez extraordinaire. C’est une femme qui n’a pas peur de parler de ses difficultés et de ses doutes. Nous n’avons pas besoin aujourd’hui de modèles qui nous disent que tout va bien, nous avons besoin de modèles qui nous disent qu’il y a effectivement des moments dans la vie qui sont difficiles. De toute manière, c’est le cas pour tout le monde, et c’est d’autant plus intéressant d’avoir des modèles authentiques et sincères qui témoignent de cela et pas d’une espèce d’utopie où tout va bien tout le temps, et où il y a juste la réussite.

Si vous étiez présidente ?

J’aime beaucoup cette question ! Si j’étais présidente de la république, je m’entourerais de gens d’une part, qui font les choses, « getting things done » comme le disent le américains. Des gens qui sont capable d’agir, de mettre des choses et des gens en mouvement. Et d’autre part, des gens qui partagent des valeurs de bienveillance, de projection dans l’avenir de façon positive.

 

@danaebo

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