Lucille Desjonquères, co-fondatrice du cabinet Leyders Associates est connue pour son travail de chasseuse de têtes, et son statut de présidente de Femmes au Coeur des Conseils ; projet possible grâce à la Loi Copé/Zimmermann. Cette loi permet aux femmes de faire l’objet de recrutements au sein des Conseils d’Administration et de Surveillance.
Nous avons rencontré cette chercheuse d’or passionnée et motivée par un leitmotiv clair, mentionné lors de la réunion du

Club des Décideur(e)s engagé(e)s d’Opinion Internationale le 10 mai :

« Comptez sur les femmes pour briser le plafond de verre en France d’ici janvier 2017. »

Le rendez-vous est pris !

Bernard Esambert, dirigeant emblématique soutient Lucille Desjonquères dans la cause des femmes.

 

Loïc Tribot La Spière, délégué général du Think Tank CEPS, s’engage également aux côtés de FCC.
Loïc Tribot La Spière, délégué général du Think Tank CEPS, s’engage également aux côtés de FCC.

Vous êtes aujourd’hui directrice du cabinet de recrutement Leyders Associates. Comment le projet Femmes au Cœur des Conseils est-il arrivé au sein de votre domaine d’expertise ?

Je fais le métier de chasseur de têtes depuis 2001. J’étais épouse d’associé d’un cabinet de Chasse jusqu’en 2014 et ce cabinet a fermé au profit de Leyders Associates : il s’agissait de faire la même chose et de proposer en plus une multitude d’offres aux DRH, comme le coaching, la gestion du stress et le média-training notamment.

 

 

 

C’est un de mes amis qui m’a sensibilisée en 2013 à la loi du 27 janvier 2011 relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance et à l’égalité professionnelle, dite loi Copé-Zimmermann.
Cette loi prévoit que les conseils d’administration des entreprises moyennes ou grandes soient composés « en recherchant une représentation équilibrée des femmes et des hommes ».

 

Lucille Desjonquères, Fondatrice de « Femmes au Cœur des Conseils » et Michel Dumont, Président de Leyders Associates
Lucille Desjonquères, Fondatrice de Femmes au Cœur des Conseils et Michel Dumont, Président de Leyders Associates

Nous avons tout de suite réalisé que nous avions une carte à jouer pour aider les dirigeants à féminiser leurs instances. Ce sont des recrutements chronophages et l’idée pour nous était de créer un vivier de femmes. Je suis partie à leur rencontre, beaucoup étant invisibles sous le « plafond de verre ». Certains dirigeants du CAC 40 disent dans la presse que les quotas sont une belle idée, mais une fois qu’ils ont fait le tour des Comex, ils ne savent plus où aller pour en trouver d’autres.
Le problème majeur est que les femmes désirant intégrer un Codir ou un Comex y ont difficilement accès et que c’est pourtant là que l’on va les chercher pour les boards.

 

Lucille Desjonquères porte haut et fort la loi de Jean-François Copé.

Donc, pour créer ce vivier, il fallait aller voir ces femmes invisibles et les faire connaitre.
Après avoir reçu une cinquantaine de femmes approchées en ce sens, j’ai rapidement compris que des talents incroyables n’étaient pas exploités à leur juste mesure.
Résultat ? Je n’ai rencontré que des femmes formidables. Sous ce « plafond de verre » se cachaient des trésors, des femmes envisageant leur intégration en se formant, et d’autres étonnées qu’on les sollicite. Les femmes sont tellement embourbées dans les stéréotypes que c’est surtout elles dont elles doivent se méfier de prime abord.

 

Lucille Desjonquères porte haut et fort la loi de Marie-Jo Zimmermann.
Lucille Desjonquères porte haut et fort la loi de Marie-Jo Zimmermann.

Depuis trois ans nous construisons un vivier de grande qualité, de plus de 1000 femmes pleinement éligibles. Elles sont de différentes nationalités et de tous les secteurs. Autour de ce vivier, nous avons le soutien de grands partenaires. C’est le cas avec Cristina Lunghi, experte sur les questions d’égalité professionnelle fondatrice d’Arborus notamment, qui décline un label de l’égalité professionnelle et qui fait sens pour nous. Nous agissons ensemble. D’autres nous ont rejoints depuis, comme Accenture, Elan Edelmann, Opinion Internationale et Eurosport.

Concrètement, comment vous adressez-vous aux entreprises ?

Pour aller chercher des mandats de nombreuses sociétés, nous sommes dans un éco système vertueux avec des jeunes retraités actifs, des managers de transition et des consultants aguerris. Ils nous présentent leurs réseaux car la rencontre avec un Président de société ne se fait pas aussi facilement. Ils sont devenus nos senior advisors que nous formons et qui sont déployés sur toute la France.
Votre action devient d’ailleurs internationale.
Compte tenu des actions visibles de Femme eu Cœur des Conseils pour mettre le leadership au féminin sur le devant de la scène, le réseau américain IWF (International Women’s Forum) m’a approchée pour lancer le chapitre français.
Ce dernier, créée en 1982 et qui fédère 6500 femmes sur 36 pays et nous donne ainsi accès à un puissant réseau d’influence et d’administratrices potentielles.

Mon rôle est de fédérer au sein de ce réseau le plus grand nombre de dirigeantes, des femmes qui incarnent la diversité, philosophes, écrivains, artistes reconnues etc. Nous voulons créer de l’entraide à l’international. Concrètement, il s’agira d’événements mensuels et d’échanges internationaux.

Vous parliez de vos rencontres avec des femmes qui ne se sentaient pas légitimes, comment les avez-vous convaincues ?

Beaucoup de femmes s’imaginent que les mandats ne sont que pour le CAC 40, ou alors qu’il faut avoir un profil type. Il faut penser aux 700 autres sociétés cotées et les milliers non cotées d’ailleurs, les PME et les start-ups. C’est un chemin qui se construit, et il a fallu le leur expliquer.

Lucille Desjonquères à l’occasion de la célébration de la Journée des Droits des femmes :

 

Comment expliquez-vous qu’elles ne se sentent pas naturellement en confiance ?

Parce que nous sommes plongées dans un machisme depuis la nuit des temps. Lorsque j’étais enfant, ma mère ne pouvait pas faire de chèques sans l’accord de mon père, ni mettre les pieds à la Bourse de Paris. Nous revenons de loin ! Il faut des quotas, sinon cela n’avancera pas.

Mais une loi change-t-elle les mentalités ?

Il s’agit de trouver des personnes avec les compétences nécessaires pour le poste, pas de cocher des cases selon les quotas. Mais, les dirigeants qui nous font confiance sont ébahis par les listes de femmes que nous leur présentons. Nous leur facilitons la tâche en leur proposant des personnalités incroyables. C’est de cette manière que nous ferons bouger les lignes.
Vous incarnez vous-même le principe de mixité, puisque vous travaillez en couple au sein du cabinet Leyders Associates. Cela participe-t-il à votre réussite ?
Nous faisons le même métier de chasseur de têtes et cela doit aider. Je pense au discours d’Emma Watson pour HeForShe qui parlait de responsabiliser les hommes. C’est exactement mon propos. Messieurs, nous voulons travailler avec vous et aboutir ensemble à des réflexions enrichies.
Mon adage est « Seule je suis invisible, ensemble nous sommes invincibles. »
Une compatibilité alors à faire carrière et avoir une vie de famille réussie ?
Ces deux domaines sont absolument et nécessairement compatibles. L’élément essentiel est l’organisation, pour une répartition optimale du temps, un fort soutien du conjoint est indispensable.

 

Quels sont les modèles qui vous inspirent ?

Toutes celles que je rencontre.
Elles me bluffent ! Je n’aurais pas assez de temps pour toutes vous les citer.
Les hommes sont étonnamment surpris à la présentation des short lists et expriment leurs difficultés à faire des choix. L’idée d’en intégrer certaines pour leur Comex fait son chemin.

 

Si vous étiez présidente de la République, sur quel programme auriez-vous été élue ?

La France est un pays compliqué à gouverner. Il faut être novateur et audacieux.
J’ai récemment regardé une émission sur Daniel Balavoine, lors de laquelle il fut invité par un journaliste à participer à une table ronde avec François Mitterrand. Ce dernier n’avait pas daigné le regarder de toute l’émission, puis l’a rappelé après qu’il soit parti fâché. Et Daniel Balavoine a prononcé cette phrase qui résonne avec notre actualité :  » Si vous ne vous préoccupez pas des jeunes, ils vont partir à la dérive et faire des bêtises.». Que vivons-nous aujourd’hui ? Des jeunes partent en Syrie, chercher un idéal qu’ils n’ont pas trouvé ici. Si j’étais présidente, je commencerai par recruter des ministres qui connaissent le monde de l’entreprise, en faisant de l’éducation et de l’emploi mes priorités. Et bien sur, si j’étais Présidente, j’imposerais l’égalité hommes-femmes à tous les niveaux.


 

Une prochaine campagne « Brisons le plafond de verre » lancée par Femmes au Coeur des Conseils et Opinion Internationale (Michel Taube) visera à interpeller toutes les entreprises pour qu’elles féminisent leur gouvernance.

 

 

@capbertrand

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