A aucun moment le Coran ne dit qu’il faut traiter les femmes comme des êtres inférieurs.

Le bus 678 raconte l’aventure de trois femmes qui se font harceler quotidiennement dans un bus du Caire et qui décident un jour de déclencher une révolte en rendant coup pour coup.

Une bombe dans un paysage cinématographique formaté et sage, souvent réduit à des films constats où l’on montre des victimes qui subissent sans rarement se rebeller.

Et c’est d’autant plus une bombe, ce film, qu’il est réalisé par un homme, Mohamed Diab. Retenez bien son nom car grâce à lui, une loi a fait changé les choses, reconnaissant le harcèlement sexuel d’une part, comme un crime d’autre part.

Comment Mohamed Diab en est-il arrivé là ? C’est la question que tout le monde se pose. Avant, Mohamed Diab était employé de banque. Un jour, il a envie de raconter des histoires. Il part aux Etats-Unis étudier le scénario à la New-York Film Academy, écrit quatre scénarios mais ne passe pas à la réalisation faute de sujet assez fort à son goût. Et puis en 2008 a lieu en Egypte le premier procès pour harcèlement sexuel. Il n’en rate pas une miette. Les remarques sexistes de deux reporters le dégoûtent. Lui qui, avant cela, était comme les autres, persuadé qu’une femme harcelée était souillée. Il va alors mener sa propre enquête. Il interroge ses amies, ses sœurs et se heurtent au début à un silence forcé dans un pays dominé par la gente masculine. Ce qui favorise le harcèlement sexuel en Egypte selon lui : la foule, la pauvreté et la honte. Et ce n’est pas propre à l’islam. L’Inde est un autre exemple peu glorieux. En tant que musulman pratiquant et laïque, il décide de faire un film qui donne aux femmes le courage d’oser porter plainte. Une solution à court terme. Il va même plus loin finalement en les faisant se venger.

Mohamed Diab est un homme et la majorité d’entre eux dans son pays sont des gens respectables qui ne harcèlent pas les femmes. Sauf qu’une minorité le fait et toute la journée. Lui met ça sur le compte d’un « héritage tordu » qui oblige les hommes à se marier tard faute d’argent et les force ainsi entre la puberté et le mariage à pratiquer assidument la masturbation, frustration intolérable qui finit par pousser au vice. Du coup, offrir une bombe lacrymogène est un cadeau romantique au Caire.
Le film a bien sûr suscité le scandale de l’autre côté de la Méditerranée. Mais Mohamed Diab, après bien des procès pour interdire son exportation et l’accuser d’incitation à la violence contre les hommes, a fini par gagner. Le film a même rapporté 2 millions de dollars de recette. Un film quand même produit par une femme, une chanteuse très populaire, Bushra Rozza qu’il faut saluer au passage.

Jamais un film – pourtant oublié des grandes récompenses dans le 7ème art – n’aura eu une telle répercussion sur un problème aussi grave. Et il s’agit d’un très rare voire même peut-être du seul film réalisé à ce jour qui a eu l’idée magnifique de proposer une alternative aux femmes.

Et c’est un homme qui l’a fait. Pourquoi pas une femme ? Se posent-elles trop en victimes ? N’osent-elles pas se donner les moyens de faire ce genre de films ?

En attendant, reconnaissons-lui le mérite d’avoir su traiter un sujet aussi fort au cinéma.

Mohamed Diab n’est pas qu’un activiste, c’est aussi un homme qui aime les femmes.

Alors si vous l’aimez, n’ayez pas peur de prendre le bus.

 

@Denis Bertrand

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