Elle a tendance à dire qu’elle est née avec un micro.

Nadia Bey est journaliste à Radio Orient et y dirige une émission « Voies de Femme », une tribune pour l’égalité des voix. Portrait d’une journaliste, d’une femme et d’une âme inébranlable.

Cette algérienne passionnée de radio d’expression française aimait lire des poèmes en variant l’intonation de sa voix. Pour elle, depuis toujours, la voix est un support. Sa passion pour la lecture vivante l’amènera à l’Université et à son engagement militant pur. Pour les femmes bien sûr, tant leurs voix ne sont pas suffisamment audibles dans nos sociétés.

« La voix des hommes est hégémonique » dit-elle, et la radio n’est pas en reste dans son manquement en terme de visibilité. « Je parlais beaucoup avec mon père et il disait – elle a une voix redoutable -. Il est vrai que je rétorquais en polémiquant, en affichant mon désaccord, ce qui n’était pas très répandu. »

L’Algérie

Effectivement, en Algérie, elle signe les premiers manifestes de femmes démocrates et féministes pour abroger le fameux Code de la Famille, dit « de l’infamie ». « C’est un texte qui ignore le droit des femmes, qui ne peuvent pas demander le divorce par exemple, et en faveur de la polygamie des hommes toujours en vigueur. »

C’est la suprématie des hommes qui fut en jeu, avec une parité inexistante et un statut de mineure à vie pour les femmes «  Une femme peut être ministre, mais n’aura pas le droit de sortir ses enfants du pays sans le consentement de son mari ».

Son combat pour l’égalité est né dans une radio d’expression française en 1989, la chaine 3. Une radio écoutée par l’élite qui abrita son opposition à l’establishment, et son combat pour une société plus démocratique.

Sa vie bascule lorsqu’ elle découvre que son nom est cité sur une liste de personnes menacées. Elle dénonce bientôt cette barbarie et cause des problèmes pour la sureté de sa famille. Elle perd des proches, des intellectuels. On pousse les opposants à l’exil. Nadia refuse. C’est sa famille qui finira par la convaincre de partir. « Ma révolte me rendait malade ». Après une dépression, elle arrive en France en 1995, terre de repos.

Radio Orient

Arrivée en France, elle fait de la recherche en sociologie et débute un DEA de Sciences de la Communication à PARIS VIII. Elle rejoint rapidement une association de journalistes algériens et rejoint RADIO BEUR KHALIIFA TV, puis Radio Soleil qui cherchait une journaliste aguerrie. « Cette radio avait besoin de moi. »

Puis Radio Orient qui l’engage pour une pige. Déterminée, engagée, tenace et convaincante, Nadia Bey propose à son directeur, Jamil Shalak, une émission culturelle.

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« Mon boss connaissait mon engagement. Les sujets sur les femmes étaient récurrents et lors d’un debrief, il m’a proposé de réaliser un magazine 1000% femmes » A la recherche de voix rares, Nadia Bey veut ouvrir le micro pour elles. Passant des heures au téléphone puis avant l’émission, elle les met à l’aise et initie même certaines d’entre elles à l’exercice radiophonique. Elle anime également une quotidienne émission d’information et d’actualité, « Sans transition ».

« Je veux transmettre mon expérience à toutes les femmes qui veulent prendre la parole. Les femmes s’autocensurent. Elles se rendent finalement comptent qu’elles peuvent le faire. Je fais des coaching aujourd’hui et je rencontre des femmes qui veulent exister en politique. »

 

Nadia Bey anime tous les mercredis  « Voies de Femmes », un rendez-vous exclusivement féminin de Radio Orient, le pont nécessaire entre l’Orient, l’Occident et les femmes. Une alchimie à préserver en ces temps ombragés.

nadiabey.info

www.radioorient.com

@capbertrand

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