Christine et Sandrine sont dans un bateau

Un Samedi soir à la télé, on n’est pas couché et des personnes débattent sur des sujets aussi divers que variés. C’est notre moment de divertissement et nous savons qu’un clash est attendu. L’émission est enregistrée et tout internet nous a prévenus. Ce soir, ça va chauffer. On en perd le sommeil et l’on attend le climax les yeux amoindris à la lumière bleutée du plateau de Laurent Ruquier.


Il s’agit de la confrontation entre la chroniqueuse Christine Angot, écrivaine et de Sandrine Rousseau ex-élue EELV, venue témoigner et « parler » de son agression sexiste par Denis Baupin élu d’Europe Ecologie Les Verts, accusé en 2016 par plusieurs collaboratrices d’harcèlement sexuel.
Sandrine Rousseau revient sur la définition de son agression, du regard de ladite société qui l’emprisonne dans un tabou certain. Je me souviens à cette époque, m’être moi-même offusquée des non-dits de ces femmes élues qui ont fini par parler. Tard.
Elle fait ensuite le parallèle avec cette affaire sordide survenue cette même semaine. Une fille de 11 ans qui a suivi un adulte et a été violée, mais le procureur ne retiendra pas le fait de viol parce que le non consentement ne sera pas prouvé. Cela voudrait-il dire qu’une fille de 11 ans a aussi peu de pouvoir de parole qu’une élue de la République ? Le parallèle primaire me choque.
Lorsqu’elle énonce « former pour accueillir la parole », mes nerfs font aussi dix tours, cette phrase embuée dans un discours trop lisse pour pouvoir changer les choses. Et la chroniqueuse de le lui rappeler.
« Mais, comment on fait ? », hurlent les larmes de Sandrine Rousseau face à une Christine Angot athérée.

Christine et Sandrine sont dans un bateau, et Christine plonge.
Elle plonge dans l’eau blasée d’un autre siècle avec la réponse de mon arrière-grand-mère « On se débrouille ». Pourtant, Christine Angot a raison, c’est une réalité, lorsque l’on est une femme agressée, à l’école, au travail, dans les transports, dans les bars, les restaurants, les cinémas, sous le soleil, sous la lune, de bonne ou de mauvaise humeur. Nous nous sentons trop souvent comme des proies. Et lorsque nous parlons, des sourcils émettent des jugements, des incertitudes, des soupçons. Il n’y a qu’à regarder le regard de Sandrine Rousseau, telle Bambi, en surmontant l’énervement de la chroniqueuse prise de colère, pour comprendre.
Christine Angot devra certainement faire des excuses sur le plateau de la prochaine émission pour son agressivité, pourtant elle-même victime d’agression sexuelle d’ailleurs. Son manque de calme nous aura empêchés de comprendre sa colère. Sandrine Rousseau, érigée en victime, a déjà communiqué sur son amertume et une agression, une fois de plus.

Pendant que les téléspectateurs comptent les points et demandent la démission de Christine Angot, Sandrine Rousseau a toujours peur de parler et Christine Angot de réfléchir. Deux solutions essentielles dans ce débat.
Christine et Sandrine sont dans un bateau. Nous sommes toutes à l’eau.

 

 

Capucine Lemaire Bertrand

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