« Se trouver dans un trou, au fond d’un trou, dans une solitude quasi totale et découvrir que seule l’écriture vous sauvera. » Marguerite Duras

Carole Arribat a exorcisé ses heures sombres en combattante. Uppercut.

Editions Kawa

Votre livre est glaçant, fort en émotions. Comment en êtes vous arrivée à l’écrire ?

Je pensais que je n’étais pas capable de le faire. J’avais commencé à écrire après avoir quitté mon compagnon. Quand j’ai su qu’il allait être édité j’ai prévenu mon entourage. Mes amis ne voulaient pas forcément entendre tout ce qui m’était arrivé, et j’avais besoin d’extérioriser, de dire. J’ai écrit, jeté et laissé tombé. Un an après ma rupture avec lui, j’ai rencontré un homme qui sentait que quelque chose d’important m’était arrivé et il m’a dit d’en parler. Donc, j’ai fini par lui dire que j’avais été avec un homme pendant six ans qui me battait. Je me suis écroulée en larmes , et ce au téléphone.hexa_57e9227dc98c2_1474896605
Je ne l’avais jamais vraiment dit avant ça. Très peu de personnes dans mon entourage étaient au courant.

Pourquoi ?

Mon père a émis des doutes dès le début de la relation. J’avais peur d’être jugée et d’inquiéter mes parents. J’avais honte.
C’est donc un homme qui vous a poussé à écrire.
J’avais dû expliquer certaines choses à certains avant mais je n’avais pas senti d’intérêt, alors qu’avec lui, j’ai eu de l’attention. Il avait besoin de comprendre. Un jour, il m’a conseillé d’écrire tout ce que j’avais vécu. J’ai mis deux semaines et quel soulagement !

Vous aviez décidé d’écrire une autobiographie ?

J’avais commencé à l’écrire à la troisième personne. C’est une auteure que l’on m’a présenté qui m’a dit de le faire à la première personne. Je n’étais pas d’accord avec cela et il est resté en l’état. J’étais inscrite sur un groupe Facebook à propos des pervers narcissiques et suis entrée en contact avec une femme qui écrivait des choses très pertinentes. Le feeling passe et on échange de longues heures au téléphone. Et elle m’explique qu’elle a écrit un livre, qu’il a été édité et me propose d’en parler à son éditeur. Une demi-heure après, je lui envoyais mon manuscrit.

Et vous voilà éditée.

Pas tout de suite. J’ai voulu finalement réécrire à la première personne. Les corrections furent très longues. Et puis, il a été mis en stand-by au moment où la pétition de Jacqueline Sauvage a été mise en ligne.

Comment votre engagement pour elle a-t-elle commencé ?

Sur internet j’ai lu l’appel d’une femme qui disait « qu’est ce qu’on attend pour faire une pétition ? ». Les dix ans de réclusion criminelle avait été prononcée et le lendemain de l’appel de cette femme, rien n’avait été fait. Alors, je me suis décidée. Ma pétition est née sur change.org, qui m’a ensuite informée qu’une autre pétition similaire existait. Nous avons fusionné et avons été contactées pour participer à une manifestation à Paris. J’ai rencontré les filles et les avocates de Jacqueline Sauvage.

 

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Que pensez-vous des remarques contre Jacqueline Sauvage la désignant comme lâche, par rapport à son sort et à celui de ses enfants ?

Le comité issu de cette pétition a toujours admis qu’il y avait un meurtre. Pour nous, la grâce présidentielle partielle était un bon compromis au regard de ce qu’elle avait vécu. On voulait qu’elle sorte de prison. Aujourd’hui, elle reste en prison parce que meurtrière.

La justice estime qu’elle est d’abord meurtrière et ensuite victime.

Nous n’avons pas eu de compte-rendu mais il semblerait qu’on lui ait reproché d’avoir médiatiser ce procès alors qu’elle n’a rien demandé. Pour moi, elle est dans une position de victime qui a agi pour se protéger et protéger les siens.

Votre parcours montre que si les femmes n’ont pas le déclic de partir, personne ne peut leur venir en aide dans un cas de violences conjugales.

J’avais peur de quitter celui qui me battait parce que j’avais peur de mourir, et puis j’ai réalisé qu’en fait, je risquais ma vie tous les jours en restant avec lui.

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Avez-vous pensé à tuer votre compagnon ?

Je ne suis pas d’une nature violente mais lorsque l’on vous humilie, vous bouscule au quotidien, on peut avoir des envies de meurtre. Je l’ai poussé contre une vitre si bien que sa tête a cassé un carreau. Mais j’ai réalisé lorsque j’ai vu le carreau cassé que ce que je faisais était dangereux.

Porter plainte n’est pas forcément une démarche sûre pour les victimes.

Quand j’ai porté plainte, le flic m’a dit qu’il espérait que j’avais la preuve de ce que j’avançais. Lorsque la fille de Jacqueline Sauvage a fait une fugue alors qu’elle était mineure, les gendarmes l’ont retrouvé. Elle a expliqué ce qu’elle vivait chez elle, et ils ont appelé son père pour venir la chercher. Il y a des lois, bien faites, et il y a les manières de les appliquer. Lorsque j’ai prévenu la police pour dire que j’étais SDF parce que j’avais quitté mon compagnon, on m’a répondu que j’aurais dû signaler qu’il me battait au moment où il le faisait. J’étais arrivée au commissariat sans traces de coups, sans blessure apparente tout du moins.

Il y a un problème sur la définition des violences conjugales.

Je n’aime pas les campagnes de publicité avec des filles défigurées. Que se disent les femmes victimes à ce moment là ? Que si elles ne ressemblent pas à cette image, elles ne sont pas victimes. Ce fut mon cas. La violence psychologique n’est pas prise en compte et la violence physique, tant qu’elle n’est pas visible, non plus.

@capbertrand

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