The EntreprenHer Tour s’inscrit dans une prise de conscience mondiale sur la place des femmes dans le monde économique. Partant du constat que la réalité du monde entrepreneurial est méconnue, que la communication autour des modèles féminins est rare et souvent associée à un parcours du combattant, Victoria Fontaine et Sonia Aoula ont décidé de créer une association de sensibilisation à l’entrepreneuriat féminin à destination des étudiants. Il y a  un an elle partaient vers leur première destination. Flashback !

 

guillemets-entréeIl y a un an, nous arrivions en Iran pour le début de notre aventure.

Laquelle? The EntreprenHer Tour, un projet de sensibilisation à l’entrepreneuriat, qui prend pour modèle des femmes entrepreneures.

L’Iran fut notre première destination. Nous sommes parties en plein mois d’aout, Cette première étape a été riche en surprises et nous a emerveillé : les paysages désertiques sont magnifiques, l’architecture et l’histoire du pays sont très riches. Nous avons surtout été touchées par la gentillesse des iraniens.

 

Un an après, l’Iran intéresse de plus en plus. Le pays connait une forte vague de touristes : ils étaient plus de 5,2 millions en 2016. Le pays a d’ailleurs choisi pour la première fois une femme à la tête de la compagnie nationale Iran Air : Farzaneh Sharafbafi. Tout un symbole !

 

Voici l’itinéraire que nous avions choisi, du nord au sud, en passant par la mer Caspienne:

Nous avons interviewé 8 femmes entrepreneures, issues 4 secteurs professionnels différents : architecture, technologie, agriculture et restauration.

Nous avons aussi visité deux incubateurs, nous avons eu l’opportunité d’échanger avec la chambre de commerce suisse-iranienne et avec la députée aux affaires des femmes à la Chambre de Commerce iranienne d’Isfahan et nous avons également rencontré les fondateurs du fond d’investissement Karen Ventures .

 

Qu’avons nous tiré de l’Iran, de cette expérience?

 

Le pays a investi dans l’éducation, de sorte que les femmes soient aussi éduquées que les hommes. Un chiffre impressionnant à garder en tête 70% des diplômés en études d’ingénierie sont des femmes !

On note néanmoins une disparité dans l’insertion professionnelle entre les hommes et les femmes en Iran. Selon l’organisation internationale du travail, seulement 17% des femmes participent au monde du travail.

Cela explique en partie le taux encore faible de femmes entrepreneures: elles ne seraient que 5% d’après Mercede Nadari (membre du conseil d’administration de l’association des femmes entrepreneures iraniennes[1], avec laquelle nous nous sommes entretenues à Téhéran).

 

Après notre retour en France, nous avons repris contact avec certaines des femmes que nous avons rencontrées : Elnaz Hariri, Shirin Parsi et Masa Salah.

Nous avons voulu en savoir un peu plus sur leur vie un an après notre rencontre, l’évolution de leurs projets, la façon dont elles voyaient l’avenir, et nous faire les vecteurs de leur expérience.

 

Voici leur histoire.

 

Lorsque nous avions rencontré Elnaz, elle avait fondé l’incubateur MAPS Zanjan (à l’origine, MAPS est un incubateur basé à Téhéran) mais Elnaz désirait fonder le premier Fablab privé de Zanjan[2].

Preuve de son succès, Elnaz avait été invitée l’an dernier pour intervenir lors d’une conférence à Paris organisée par Roxanne Varza, sur le thème de l’entrepreneuriat en Iran.

Elnaz Hariri au centre avec deux de ses collègues

 

Désormais, son projet a évolué. il s’agit  de se focaliser sur l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle afin de créer un Fablab virtuel, qui demande moins d investissement financier.

Le Fablab virtuel prendra ensuite la forme d’une plateforme éducative à destination des étudiants . Elnaz désire, à terme, sortir de l’incubateur et faire de ce projet une entreprise indépendante.

Elle a souligné la mixité qui existait au sein de son équipe : sur 11 employés, 5 sont des femmes. Elnaz est ravie de sa progression professionnelle.

Selon elle, la culture entrepreneuriale se diffuse de plus en plus en Iran, comme en témoignent les différents startups weekends et l’ouverture d’autres incubateurs. Seulement, les iraniens auraient besoin de mentors internationaux pour leur montrer la voie. La difficulté d’obtention d’un visa international et la forte dévaluation du rial iranien rendent les rencontres avec les startuppers étrangers compliquées. Elnaz invite donc les étrangers intéressés par les startups iraniennes à visiter dans le pays et rencontrer les iraniens.

 

De son côté, Shirin Parsi a un parcours hors du commun : après des études de littérature en France, elle s’installe avec son mari dans un village près de la mer caspienne. Elle promeut l’agriculture écologique.

Un an après, Shirin cultive toujours son riz organique dans sa ferme familiale et reste engagée dans la défense de l environnement. Elle a participé dernièrement à un séminaire à Rasht sur le thème de slow food.

Elle soutient activement l’activité des femmes entrepreneures et fait partie de nombreuses organisations : The National Association of Women Entrepreneurs, the Society of Women and Youth for the Environment, and the Women’s Society to Fight Gilan’s Environment Pollution

Shirin a tout de même quelques inquiétudes concernant l’économie iranienne, qui reste incertaine.

Elle attend de voir quelles seront les impacts de la nouvelle lois sur les investissements, et ce qui sera proposé aux entrepreneurs. Shirin est pleine d’espoir et d’énergie. Selon elle, il faut toujours agir pour être utile à son environnement. C’est ce qui l’anime au quotidien

Une maison de production s’est interessée à son histoire. Shirin apparait parmi les entrepreneurs de la série documentaire Les poètes de la vie réalisée par Shirin Barghnavard, réalisatrice iranienne spécialisée dans le documentaire portant sur les causes sociales des femmes.

Shirin Parsi

 

Ce documentaire raconte le parcours de 6 entrepreneurs qui n’ont pas hésité à changer de voie pour réaliser leur projet. Souvent, ce projet a changé leur vie mais également celui de leur communauté par son fort impact social et environnemental.

Cette série documentaire a été récompensée en Corée du Sud. L’histoire de Shirin a suscité la curiosité et l’admiration de nombreuses personnes qui lui ont témoigné leur gratitude en soutenant son activité : Shirin a vu sa commande de riz augmenter suite à la réalisation de ce documentaire.

 

Enfin, Masa est une jeune femme qui a ouvert son propre restaurant à Ghalat, le « Grandma’s Home ». Elle nous avait invitées à séjourner chez elle pendant deux jours. Le nom du restaurant provient de la relation fusionnelle qu’entretenait Masa avec sa grand-mère. Elle a créé le restaurant juste après la mort de sa grand-mère et l’a aménagé avec certains de ses meubles afin de créer une ambiance particulière, chaleureuse et authentique. Elle a dû faire face aux réticences des villageois. Depuis, elle a fait ses preuves, et le restaurant a plus de 23 000 abonnés sur Instagram ! Masa désire développer son activité en créant des chambres d’hôtes au sein de la maison qui accueille son restaurant. Mais ce ne sont pas ses seules ambitions : Masa veut d’apprendre l’anglais car elle a conscience de l’atout que cela représente dans le contexte actuel d’ouverture du pays au tourisme[3].

De gauche à droite : Masa Salah avec notre interprète Shirin Vakilzadeh

 

Nous avons quitté l’Iran très inspirées par les femmes que nous avons eu la chance de rencontrer et que nous tenons à remercier encore. Cette expérience nous a laissé pleines d’espoirs pour le futur de l’entreprenariat féminin dans le pays et conscientes des nombreux défis qu’il reste à affronter.

Nous sommes cependant confiantes sur le rôle que les femmes ont à jouer dans l’économie du pays.

 

 

 

 

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[1] Cette association est très active dans le pays pour sensibiliser les jeunes à l’entrepreneuriat.

Elle réalise organise des formations et des sessions de mentoring.

[2] Un fablab est un lieu ouvert au public où sont mis à sa disposition toutes sortes d’outils, notamment des machines-outils pilotées par ordinateur, pour la conception et la réalisation d’objets.

[3] Quand nous l’avions rencontrée, nous avons eu recours à un interprète.

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