Cet homme a fait le buzz cet été avec un short. Pas seulement, en réalité. Un miroir et un short. Un selfie anodin si le texte qui s’y attache n’était pas aussi poignant.

Vincent Lahouze dénonce, dérange et c’est la toile qui le propulse en petite tenue certes mais en homme de littérature par la même occasion.

Car, depuis ce coup de pub qui a mis en valeur son engagement, c’est sa plume qui est découverte, sincère, acerbe et érudite. Un auteur 2.0 né pour les histoires.

Pourtant Vincent Lahouze ne connait pas vraiment la sienne. Adopté à 4 ans il a eu un parcours classique. Baccalauréat littéraire et DUT Carrières sociales, «  Je suis dans le social depuis sept ans. J’ai travaillé dans les quartiers et je suis directeur adjoint d’une école primaire. ».

Ce sont les déceptions amoureuses qui l’ont poussé à écrire, « Jusqu’à 21 ans, l’écriture ne me venait pas du tout. Je faisais du sport pour évacuer. Pour moi l’écriture n’était pas une affaire d’homme et j’écrivais en mode SMS. J’avais beaucoup de préjugés ».

Un chagrin d’amour le pousse à vouloir s’exprimer sur la toile. Via un Skyblog d’abord et l’effet est immédiat puisque le jeune homme est apprécié.

Jusqu’à Facebook.

A une époque où peu de gens connaissent les possibilités en termes de visibilité et de pouvoir de communication du média social venu des Etats-Unis, Vincent Lahouze a compris qu’il pouvait être quelqu’un d’autre grâce à ce nouvel outil. « Je me suis créé un personnage imbu de sa personne, macho, misogyne. Ca attirait beaucoup. J’ai rassemblé mes nouvelles, la poésie et le slam issu de ce personnage et j’en ai fait un recueil autoédité sur lulu.com. Mais il est devenu envahissant dans ma vie. Des amis m’appelaient pas ce pseudo et la réalité se mélangeait au virtuel.»

Sorti de cela et d’une relation amoureuse à cause de cette vie virtuelle, Vincent Lahouze décide de continuer, mais de prendre la place d’une femme. « Pendant un an, je me suis fait passer pour une femme sur un blog intitulé Fast et furieuse. J’y racontais les déboires amoureux des femmes à qui j’avais fait du mal. Environ 25000 personnes me suivaient, sans savoir que j’étais un homme. »

Dragué par certains de ses amis, ou par des inconnus mariés, des femmes se confiaient à lui. Au bout d’un an, convaincu qu’il est en train de créer un mensonge littéraire, il révèle à sa communauté sa réelle identité. « J’étais surpris des réactions positives. J’ai eu très peu d’insultes, et venant des hommes surtout. Au final, très peu de femmes se sont senties trahies. ».

C’est la révélation. Sa plume « féminine » séduit. Il continue alors d’affiner son style à propos de sujets de société.

Eté 2015

Vincent Lahouze remarque un énième statut Facebook d’une de ses amies racontant ses péripéties dans le métro. Du harcèlement. « Je me suis dit qu’elle n’avaient pas de chance. Et me suit demandé ce que ça donnerait si l’on inversait les rôles ? ».

Il se prend en photo tel quel et écrit d’un bloc son texte : « Demain je compte mettre un short pour aller au boulot. ».

C’était un statut, comme tant d’autres, « je n’ai pas compris ce qui s’était passé avec ce texte en particulier qui était moins engagé que certains de mes textes sur l’homophobie par exemple ».

Le buzz se fait effectivement en quelques heures. Un site le reprend d’abord, puis d’autres, « les titres étaient racoleurs. On me faisait passer pour un super héros. Je n ‘ai pas aimé. Je ne vois pas en quoi dénoncer le harcèlement de rue est un acte héroïque ». Les commentaires sont parfois violents laissant penser qu’il est un dragueur. Pour certaines féministes, il vole leur combat, « c’est dommage que pour ces femmes un homme n’ait pas son mot à dire. Si l’on prône l’égalité, c’est pour avancer main dans la main».

Pourtant, Vincent Lahouze l’admet, chaque jour sur internet, des centaines de récits de cas de harcèlement sont postés et aucun média ne les relaie. « Totalement paradoxal. J’ai refusé une demande de reportage, conseillant aux journalistes de demander à des femmes de témoigner. »

Pour Vincent Lahouze, se mettre à la place des femmes est un acte d’engagement social mais aussi un challenge littéraire «  je voulais créer comme Romain Gary et dénoncer l’image de la femme superficielle qu’on nous sert à longueur de journées ».

Vincent Lahouze continue son travail d’écrivain, mais devrait s’orienter vers celui de comédien, au regard de cette expérience. « Je suis un utopiste naïf, je prône l’égalité homme femme. Je suis lucide sur notre monde, mais je ne peux pas m’empêcher d’y croire. »

Les questions de la rédac :

Quelles sont vos modèles ?

Je suis impressionné par la posture de Christiane Taubira. Et j’ai beaucoup apprécié le discours de Fatou Diome, écrivaine africaine, invitée de l’émission Ce soir ou jamais, qui a tenu des propos sublimes sur les migrants.

Si vous étiez président ?

J’aurais fait campagne sur le social. Je sais que c’est facile de dire ça et qu’on ne peut pas faire ce que l’on veut à cette fonction. D’ailleurs je pense que Francois Hollande fait ce qu’il peut avec ce qu’il a. Je m’occuperais donc de la jeunesse et de l’éducation en instaurant l’éducation civique et la philosophie le plus tôt possible.

@capbertrand

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