Depuis la cérémonie des Oscars 2016, tout le monde en parle.
Une société de production féministe dont l’objectif est de mettre en avant et financer des films qui changent l’image des femmes sur grand écran.

Créée par Juliette Binoche et quelques personnalités féminines du 7e art dont les actrices Jessica Chastain (Tree of Life, Take Shelter), Zhang Ziyi (2046, Tigre et Dragon), Frida Pinto (Slumdog Millionaire, Miral), et Queen Latifah (Chicago, Hairspray), et les réalisatrices Catherine Hardwicke (Twilight, Thirteen) et Kathryn Bigelow (Zero Dark Thirty, Démineurs), cette société a dû récolter des fonds auprès d’organismes publics, de gouvernements et de donateurs privés afin de présenter un projet au festival de Cannes cette année.

Ce projet à but non lucratif, sera composé de 6 films de 15 minutes. L’argent gagné sera réinvesti pour d’autres films.

Une façon de créer une vague pour que les consciences changent.

Juliette Binoche

Juliette Binoche

Sur 11300 rôles (25% de rôles de femmes classiques pour 89% des rôles d’infirmières et 81% de rôles de secrétaires) dans 414 films et séries américaines, 1/3 sont des femmes, 6 fois plus dénudées que leurs partenaires masculins (37% contre 8%).

Et en Europe, ce n’est pas différent, alors que les femmes sont les plus prescriptrices du succès d’un film. Leurs mensurations comptent davantage que leur quotient intellectuel.

Dans la profession, on recense actuellement :
15% de réalisatrices
29% de scénaristes
23% de créatrices de séries
26% rôles de plus de 40 ans
19% de nommées aux Oscars pour un total de 327 nommées en 10 ans contre 1387 hommes.

Ce que le Women’s Media Center appelle « une épidémie d’invisibilité ».

 

Sur 250 films au top du box office l’année dernière, seuls 9% ont été réalisés par des femmes.

Alors oui, WE DO IT TOGETHER, nom donné à cette société de production est une réponse aux clichés, dénudés et sexistes, généralement proposés aux actrices.

Et les femmes peuvent remercier Juliette Binoche d’en être à l’initiative.

JULIETTE BINOCHE, L’ANTISTAR

« Elle n’a rien, absolument rien, expliquez-moi s’il vous plaît, quel est censé être le prétendu secret de cette actrice ? Elle ne mérite pas toute cette estime. »
Gérard Depardieu

 » Je pense qu’il y a un secret. Quand vous êtes devant une caméra, quelque chose se passe. Certains liens, gestes et suspensions étranges… Quand vous le faites bien, vous pouvez imaginer tous les cœurs battre en un seul battement. C’est ça le secret. C’est beau. »
Juliette Binoche

La seule actrice française à avoir remporté un prix d’interprétation dans les trois plus grands festivals : Berlin, Cannes, Venise, ainsi qu’un Oscar, un César, un Bafta et le prix Romy Schneider.

Fille d’un mime, metteur en scène et sculpteur, et d’une comédienne qui l’initiera à son art, elle entre à 17 ans au conservatoire national d’art dramatique, fait pas mal de petits boulots avant d’entamer une carrière où elle choisira d’être en marge du système.

Cinéma d’auteurs et films engagés. Elle préfère tourner avec Godard, Téchiné, Doillon, Carax, Kieslowski, Haneke, Kiarostami, Assayas et dernièrement Bruno Dumont, faire une carrière internationale dans des films de Philip Kaufman (L’insoutenable légèreté de l’être), d’Abel Ferrara (Mary) ou d’Anthony Manghella (Le patient anglais, pour lequel elle décroche l’oscar du meilleur second rôle) plutôt que d’accepter de faire Jurassic Park .

Je n’ai jamais vraiment dit non à Spielberg, j’ai plutôt dit oui au même moment à Kieslowski et à Carax

La chambre du fils de Nanni Moretti pour ne pas répéter l’expérience de Bleu ou Lucie Aubrac, remplacée par Carole Bouquet. « Elle se voyait en héroïne de la résistance, Claude Berri voulait juste raconter une histoire d’amour sur fond de résistance » dira un critique de Libération à l’époque. Elle passera l’audition sans être retenue pour La leçon de piano, seul film réalisé par une femme à obtenir la Palme d’Or en 70 ans de festival.

Juliette Binoche aime innover, n’aime pas s’ennuyer pendant la cérémonie des Césars et aime s’engager à faire une tournée mondiale de danse contemporaine avec un chorégraphe bangladeshi en parlant déjà de changer le monde « en parlant du corps différemment, en lui rendant son âme. »

 

Gageons qu’elle rende leur âme aussi à toutes ces femmes qui n’arrivent pas à exister dans un art dominé depuis si longtemps par les hommes.

La route est longue.

Mais tout commence à Cannes, alors il faut y croire.

 

@denisbertrand

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